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Arrivés en CE2, les enfants entrent dans un nouveau cycle, celui des approfondissements, après avoir reçu les bases au cycle 2.
Ils se retrouvent être les plus jeunes au sein de leur cycle, alors que l'année précédente ils étaient les plus anciens dans le cycle 2. C'est une position très intéressante au moment où leur personnalité s'affirme : ils sont à la fois les modèles pour le cycle 2 –à côté desquels ils vivent à l'étage - ; il sont également portés par les enfants du cycle 3 qui, à leur tour, leur servent de modèles et les attirent vers leur vie future. Dans cette première classe du nouveau cycle , l'adulte crée un climat, donne des situations de travail qui incitent l'enfant à réfléchir, fouiller, ne pas se contenter de faire, mais à aller plus loin.
Souvent, les enfants de CE2, dans l'école depuis plusieurs années, font preuve d'autonomie, d'organisation personnelle, de motivation. Le travail des cycles précédents prend tout son essor et les enfants ont pris des habitudes à partir desquelles nous pouvons vraiment continuer à construire.
Il en est ainsi des sorties qui rythment nos semaines. Le fait d'apprendre partout , d'aller voir sur le terrain, d'écouter des gens passionnés par ce qu'ils font, d'aller les voir au sein de leur passion, décuple l'envie d'apprendre et fait de la classe, non plus un lieu exclusif de savoirs, mais celui où chacun revient avec sa récolte d'informations et d'émotions qui donnent la matière et le sens à notre vie scolaire. Les intervenants extérieurs participent largement à cet élan. Quoi de plus formateur et de plus positif pour demain, que d'écouter un jeune concepteur de jeux vidéos nous parler de sa passion dans son travail. L'entendre dire à ses jeunes auditeurs que « travailler c'est se dépasser », « prendre du plaisir et s'épanouir avec d'autres », permet à l'enfant aussi de se rendre compte que sa vie à l'école est proche de celle du travail dans la société et lui permet de se situer dans son groupe, dans sa participation à la vie de classe, mais aussi au bon fonctionnement de son école.
Au cycle 3, le « faire ensemble » est important parce qu'il permet à l'enfant de se frotter aux autres, de confronter son point de vue, de participer à une œuvre commune, de s'impliquer dans son groupe et de saisir l'importance que l'on a au milieu des autres. Un chant collectif n'est jamais plus beau que lorsque chaque enfant du groupe y fait retentir sa voix. Alors, tous les jours nous chantons. Chaque semaine nous participons à la préparation d'expositions (avec les ingénieurs de l'ESTACA), à l'élaboration d'un journal (guidés et aidés par une ancienne journaliste, ancienne maman elle aussi de l'Ecole Nouvelle), à des spectacles (Noël, fin d'année). Nous nous mélangeons aux autres classes pendant les ateliers bimensels (philosophie, théâtre, sport, jeux de société, travaux manuels, chants).
Nous partageons ensemble la joie de grandir en fêtant ensemble les anniversaires de façon trimestrielle. Nous partons vivre ensemble, ailleurs, pendant les temps de classe verte (octobre). Le fait de partir très tôt dans l'année permet au groupe de mieux se connaître, de vivre des moments tous ensemble en dehors de leur classe, d'avoir une image hors du scolaire, de laisser de côté ses difficultés sur le plan des apprentissages, pour être vu différemment. Pour l'adulte, l'objectif est de taille. A travers ces moments privilégiés de vie, il va découvrir son groupe autrement : il va notamment rencontrer des enfants qui, dans le cadre scolaire, n'expriment pas tout à fait ce qu'ils sont vraiment. Il va pouvoir créer ou renforcer un état d'esprit, une ambiance, une solidarité au sein du groupe. Il va valoriser hors classe des enfants qui, de retour à leur école, auront d'eux une bien meilleure image, se seront remplis de confiance et accepteront d'aller plus loin. Et puis, à son tour, l'adulte va être perçu différemment par son groupe. Il sera non plus seulement un enseignant, mais une personne qui partage chaque instant de la semaine « classe verte » à leur côté. Après avoir vécu plusieurs classes vertes, il me paraît de plus en plus évident que, sans cette période riche et intense, la vie de classe ne serait probablement pas la même. Entrés au cycle 3, chacun a beaucoup grandi et s'attend à ce qu'on lui propose des métiers à la hauteur de ses capacités. Les enfants aiment qu'on compte sur eux, qu'on leur demande de l'aide : il est important pour chacun de prendre conscience que la vie de leur école et son bon fonctionnement ne peuvent se faire sans eux. En un mot, qu'ils sont indispensables !
Pour un enfant qui aurait du mal à trouver sa place parmi les autres, mener un travail utile à tous est une occasion qui aide à se sentir bien. C'est ainsi qu'en CE2, les métiers sont multiples :
Ministres dans la cantine des grandes sections
Dresseur des tables dans la cantine des petits
Responsables du cahier d'appel au 1 er étage
Responsables de l'état du couloir 1 er étage
Ces rôles ne sont pas distribués au hasard.
On s'aperçoit dans la motivation importante des enfants, à quel point ces métiers correspondent à leur attente, à leur besoin. Etre ministre en GS est pourtant une tâche complexe, tant sur le plan humain qu'au niveau de la gestion personnelle. Il faut aider les plus jeunes, sans faire à leur place. Il faut rester à l'écoute de leur besoin, sans oublier de déjeuner aussi. Il faut respecter les plus petits, mais aussi se faire respecter. Il leur faut installer les tables, ranger et nettoyer avant que d'autres adultes ne fassent leur travail. Être ministre en cantine des plus jeunes est un rôle gratifiant, car on apprend à être connu des plus jeunes que soi, on est apprécié pour le travail qu'on exerce à leurs côtés , on a une importance dans son école aux yeux des enfants et des adultes qui sont eux aussi dans les cantines. On prend conscience que, dans cette fourmilière qu'est notre école, chacun a un rôle et qu'enfants et adultes font partie d'une chaîne. Chacun se trouve détendu, bien dans sa tête, existant au milieu des autres et peut ainsi s'adonner à son travail personnel.
Tous les matins, chaque enfant est amené à travailler seul sur le plan de travail. Véritable contrat hebdomadaire découpé en journées, il laisse aller chacun à son rythme, tout en l'encadrant. Le but est de l'amener à s'organiser, faire en sorte qu'il travaille sur des notions à sa portée. Ces phases de travail permettent à l'adulte de suivre l'enfant individuellement tout en continuant parallèlement le travail collectif des leçons fixé par le programme officiel. D'ailleurs très souvent des enfants précèdent dans leur travail personnel et leur avancée ce que nous aborderons plus tard tous ensemble. Au CE2, les enfants travaillent dans cette autonomie, guidés par le plan de travail, pendant 1h30 chaque jour.
Les activités travaillées ainsi sont :
Les opérations, les nombres, les tables de multiplication, les problèmes
L'orthographe, la grammaire, le vocabulaire, la conjugaison, la lecture silencieuse
La copie de poésies, le texte libre, la correction des dictées
Le contrôle des travaux finis et vus par l'adulte s'inscrit par enfant et par matière sur un tableau hebdomadaire. Au CE2, pendant le travail individuel, il n'est pas rare que l'adulte s'entoure d'enfants pour aller vérifier les travaux d'autres élèves. Tel enfant qui connaît bien les tables de multiplication se verra confier la correction des plaques réalisées par d'autres. Très fier d'être devenu, lui aussi, vérificateur, dans les compétences qui sont les siennes, cette participation permet également à celui qui corrige de réviser. Le but consiste à ce que chacun soit tuteur dans un domaine avant la fin de l'année, qu'il puisse par exemple effectuer auprès d'un enfant, ou d'un petit groupe, la démonstration d'un matériel Montessori.
Il est important de noter à quel point les enfants râlent lorsque l'heure du travail individuel touche à sa fin. L'adulte a souvent la sensation de les sortir d'un réel intérêt personnel, d'un moment auquel ils se donnent totalement, de ce qui provoque chez eux une grande concentration. Voilà ce qui constitue les quelques piliers de cette classe, ce sur quoi tout repose et c'est sur ces quelques bases que vient se construire la vie de la classe (faire ensemble, faire seul, vivre au milieu d'autres, avoir une participation active à la vie de son école, sortir pour apprendre sur le terrain).
Cette année 2005-2006, notre groupe est surtout constitué d'élèves qui sont depuis longtemps dans notre école. Le groupe est d'une grande richesse et d'une grande maturité. La moindre discussion peut nous amener très loin. C'est avant tout un groupe qui vit et qui aime rire. Le travail se fait dans la bonne humeur, permettant à notre école d'être et de rester un lieu où chacun se sent à l'aise.
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